Un jour de janvier 2012, un petit groupe de marcheurs se mit en route dans les rues du Mans pour protester contre une vilénie du cardinal de Paris. Naissait alors un embryon de communauté qui se donnait un nom en même temps qu’une perspective « Chrétiens en Marche 72 ». Gageons que ce jour-là l’Esprit fut de la partie.
L’intuition fut bonne. Cette communauté se donnait comme mission d’être à l’écoute des joies, des peurs, des souffrances et des aspirations des femmes et des hommes de ce temps, de reconnaître ce qui est bel et bon dans ce monde et d’aspirer à rencontrer Dieu dans toute personne croisée sur la route.
Voilà déjà plus de dix ans que cette communauté est toujours en marche…Un appel à aller vers l’autre : « Allez et dites … », à la suite de Jésus. Un appel à aller vers le plus profond de soi-même, à la suite d’Abraham, « Va vers toi ! ». Un appel au plus intime de la relation « Va vers toi ! » de l’amant à sa belle dans le Cantique des Cantiques.
Mais va, sans rompre. Quitte pour devenir… Va vers l’autre pour mieux rentrer, avec plus de souplesse, dans le message évangélique. Te dépouiller de toutes les lourdeurs des savoirs accumulés et des dogmes rabâchés. Quitte pour devenir davantage toi-même. Quitte tes sécurités et tes peurs. Romps avec tes habitudes pour être libre, prends des risques. Libre pour laisser la place à l’imprévu, à la surprise de la rencontre avec l’autre…, avec Dieu ?
Il faut un certain courage pour quitter le nid de l’enfance où tout est préparé, tout répertorié, tout balisé, tout normalisé et entreprendre le chemin de la liberté et des choix. Nous l’avons quittée, cette ligne droite, pour prendre des chemins de traverse, des pistes embourbées et des sentes ombragées.
Dix ans ont passé. Il nous faut maintenant planter la tente pour aller au plus intime de soi, retrouver des forces, faire le point sur le chemin parcouru et préparer les prochaines étapes. Suivre le conseil du prophète : « Elargis l’aire de ta tente,… n'épargne pas ta peine, allonge tes cordages, renforce tes piquets. » (Is 54, 2) pour accueillir le passager d’un jour, l’hôte d’une nuit, faire le point sur ce que nous sommes et vers qui nous allons. « Peut-être serait-il temps de revoir nos fondamentaux et de faire un point sur notre vie communautaire, nous redire ce qui nous fait être une communauté aujourd’hui (avec quel credo?) » disait Marie-Noëlle dans l’édito de la précédente lettre.
Nous sommes en route, conscients que la part divine de nos rencontres est puissance transformatrice pour le marcheur que je suis et pour mon compagnon de route, tous deux membres de la même communauté.
Gérard Guérin