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Le livre du mois : juin 2026

La cause du Christ

L'évangile contre « l'identité chrétienne »
Recension : La Vie
Parution

« Le déclencheur de ce livre est la parution du livre de Zemmour. À un moment donné, quand des gens ont une parole publique en se réclamant du christianisme, il faut au moins leur recommander d’être cohérents avec l’Évangile », confie Benoist de Sinety.

C’est en prêtre catholique que Benoist de Sinety sonne l’alarme dans son dernier livre, La Cause du Christ. L’Évangile contre « l’identité chrétienne » (Grasset), à destination du grand public. Devant la montée d’un discours de « défense de la civilisation chrétienne contre des “hordes barbares” », celui qui est chroniqueur à La Vie depuis 2025 a décidé de donner de la voix contre ce qu’il estime une instrumentalisation scandaleuse du christianisme.

Tentation de la violence politique

Le sujet est sur la table, dans le débat public et au sein du catholicisme, depuis plusieurs années, mais il demeure mouvant et toujours difficile à appréhender pour les responsables ecclésiaux. « Le déclencheur de ce livre est la parution du livre de Zemmour, La Messe n’est pas dite, confie-t-il à La Vie, contre lequel il s’était insurgé dans une chronique au vitriol. À un moment donné, quand des gens ont une parole publique en se réclamant du christianisme, il faut au moins leur recommander d’être cohérents avec l’Évangile. »

Plus profondément, il constate une tentation de la violence politique chez certains catholiques qu’il a côtoyés. Le prêtre cite une rencontre très forte avec un jeune avocat, dans un groupe de jeunes devant lesquels il parlait de l’identité chrétienne : « Il m’a dit très calmement : “Vous êtes exactement le représentant de tout ce que je déteste”, parce que selon lui je ne voyais pas que “le grand remplacement est à l’œuvre” et qu’il fallait accepter une forme de violence au nom de l’Évangile. Ce n’était pas de la provocation, il le pensait vraiment. »

Le parcours de Benoist de Sinety en fait un observateur affûté du catholicisme. Ancien secrétaire du cardinal Lustiger, il a été curé de Saint-Germain-des-Prés de 2009 à 2016 après un passage dans le XVIIIe arrondissement. Responsable de la pastorale des jeunes du diocèse pendant ces années, il est aux premières loges pour observer les aspirations des futures têtes pensantes du catholicisme. Vicaire général du diocèse de Paris, il finit par le quitter en raison de dissensions internes.

Fort de cette expérience, Benoist de Sinety, aujourd’hui curé à Lille, livre dans ce court essai ses observations sur la tentation identitaire qui touche aussi bien le catholicisme de l’intérieur que diverses franges de la société en quête de repères. « Longtemps, je n’ai pas fait vraiment attention à ces petits signes », écrit-il. Mais aujourd’hui, le « bulldozer identitaire » est lancé. Une « fascination pour la force, le combat, la reconquête » a fait dériver le vocabulaire de l’ascèse spirituelle « du champ de la vie intérieure » – légitime – « vers un horizon plus social et politique ».

À présent, « ce discours prospère et gagne des milieux où de tels propos auraient été irrecevables hier encore, constate le prêtre. La recherche du bouc émissaire nous fait rapidement passer d’une société fondée sur l’Évangile et la foi chrétienne, à un monde idolâtre et barbare. »

Entamer une discussion

Son intention n’est pas de donner des « leçons du haut d’une chaire imaginaire », se défend celui qui s’était pourtant fait une réputation de prêcheur efficace notamment depuis son homélie des funérailles de Johnny Hallyday. Il s’agit plutôt de « rappeler, avec des mots simples, ce qui fait de l’Évangile plus qu’un livre de sagesse, et du Christ plus qu’un prophète. »

Amateur de boxe, Benoist de Sinety n’entend pas ici monter sur un ring, mais entamer une discussion. « Avec le recul, je repense à tout ce qui s’est mis en place dans les aumôneries étudiantes, réfléchit-il. On a fait un beau travail, mais probablement qu’on n’a pas vu quelque chose. Insister sur la formation intellectuelle, l’intelligence de la foi, c’est absolument nécessaire. Mais il faut aussi que cela puisse être incarné par des engagements concrets et que le désir de relation avec le Christ s’inscrive d’abord dans le frère plutôt que dans la connaissance. »

Le prêtre en veut pour preuve l’expérience de l’animation des messes en prison par les étudiants qu’il accompagnait, lorsqu’il était aumônier à Assas. « Dans ces moments-là, ils avaient vraiment le sentiment de faire quelque chose de beaucoup plus radical que tout le reste », se souvient-il.

Peut-il convaincre les catholiques qui sont tentés par le combat « identitaire » ? C’est en tout cas l’objectif. « J’ai d’abord écrit ce livre pour eux, assure Benoist de Sinety. Pas pour exciter leur colère mais pour les inviter à réfléchir aux conséquences que cette pensée peut avoir dans leur vie et qui, selon moi, dénature l’image même de ce qu’ils veulent promouvoir. » Le pari est bienvenu, dans un contexte où peu de prêtres osent affronter l’identitarisme chrétien. Mais sa réussite dépendra d’autres facteurs que la rédaction d’un livre et de son écho dans des médias acquis à la cause.

Par Sixtine Chartier, dans La Vie.

 

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