Tout spécialiste a son langage qui lui est propre. La précision des mots et expressions, qui recouvrent des concepts utiles aux savoirs, permet d’échanger entre spécialistes sans avoir besoin de redéfinir éternellement ces concepts. L’inconvénient de ce langage de spécialistes est qu’il est difficile à aborder pour le profane. Il peut même devenir un repoussoir qui empêche l’accès aux savoirs. Et si les savoirs ne sont pas partagés, ils sont accaparés par les savants qui monopolisent alors le pouvoir.
Pour remédier à cela, il faut « vulgariser » les savoirs, les transcrire en langue courante. Ce sont donc des intermédiaires, des traducteurs, des vulgarisateurs, qui ont le pouvoir de transmettre, avec le risque qu’ils ne transmettent que ce qu’ils ont envie de transmettre.
L’Église est-elle une assemblée de spécialistes ? On pourrait le penser quand on lit, ou qu’on essaie de lire, certains documents qui concernent la vie et la mission de l’Église. Exemples parmi beaucoup d’autres : le document final du Synode sur la synodalité qui devrait intéresser tous les membres de l’Église, ou bien nombre de textes de la liturgie dominicale. Alors que fait la brebis catholique qui souhaite découvrir le document ? Elle demande à un interprète, compétent en théologie, de lui donner accès au texte.
Après tout, pourquoi pas ? Oui mais l’Église n’est pas d’abord une assemblée de spécialistes. Elle est le peuple de Dieu, bâtisseur du Royaume dans lequel les exclus ont la première place. Il serait donc souhaitable que, lorsqu’il s’agit de sa vie et de sa mission, l’Église ne jargonne pas et qu’elle ait un langage vivant.
Régis FELIX