Un jeune homme de 23 ans est mort à Lyon la semaine dernière sous les coups d’autres jeunes hommes. On parle de violence des extrêmes. En effet, la victime appartenait à une mouvance d’extrême droite, ses agresseurs à un mouvement d’extrême gauche. Faut-il les renvoyer dos à dos au prétexte que la violence des uns aurait engendré celle des autres et réciproquement ? Certainement pas. Cette affaire n’est pas un tragique fait divers. Elle nous met face à une violence particulière, politique et idéologique, qui frappe et agresse parce qu’elle condamne les idées de l’autre.
La violence des mots et des idées précède celle des actes. L’Évangile lu ce dimanche, tiré du sermon sur la montagne, trouve ici une tragique illustration. Pour Jésus, l’interdit de tuer commence – ou s’accomplit – par l’interdiction de la colère et de l’insulte contre « son frère ». Pour le dire en termes modernes, il y a un continuum de la violence verbale à la violence physique qui tue.
Bien que les crimes de sang soient aujourd’hui beaucoup moins nombreux qu’autrefois, nos sociétés nous semblent dominées par la violence. Il ne s’agit pas d’un simple « sentiment ». À chaque instant, nous voyons et entendons, sur les écrans comme dans nos assemblées politiques, des échanges brutaux, une expression de la colère qui ne laisse aucune place au débat, toutes choses théorisées aussi bien à gauche par la philosophe Chantal Mouffe, qui inspire La France insoumise, que par ceux qu’on nomme « les ingénieurs du chaos », qui se situent plutôt à l’extrême droite.
Cette violence s’exprime bien sûr avec prédilection sur les réseaux sociaux, où il est possible de chasser en meute et de s’acharner sur le compte d’un ou une « ennemi·e ». Elle a montré son visage fanatique et meurtrier lors de l’assaut du Capitole à Washington en janvier 2021 et dans différents assassinats politiques aux États-Unis – contre une élue démocrate et son mari, contre l’influenceur d’extrême droite Charlie Kirk, mais aussi contre Renée Good et Alex Pretti, tués par la milice antimigrants ICE.
Contre cette violence, il n’y a qu’un remède connu, la démocratie, et le débat qu’elle permet. Nous parlons de la vraie démocratie, sans rage ni désir de revanche, qui protège les droits politiques de la minorité. Elle est aujourd’hui en grand danger.