La nappe est mise ... pas même un quignon de pain, encore moins un fond de verre de vin.
Lorsqu'on a un peu de culture religieuse on sait au minimum que la cène, c'est un repas, celui que Jésus a partagé avec ses disciples la veille de sa mort. Or, là, pas de repas ... pas de paroles ... pas de rituel ...
Alors qu'est-ce qui fait crier à la "caricature" ?
Ah, oui, il y a l'assistance ... Comme il n’y a rien d’autre à voir, notre regard ne peut se porter que sur les convives. Ce soir, une dizaine de personnages, figés, qu'on pourrait croire sortis d'un défilé de mode de Jean-Paul Gautier et qu'on peut identifier comme des drag-queens, mais pas tous... la scène se peuple progressivement d’hommes et de femmes dansants, jeunes et vieux, blacks, blancs, bleus, crânes rasés ou coiffés à la diable … tous, différents. Ça tombe bien puisque le spectacle – car, après tout, ce n’est qu’un spectacle – se veut inclusif, à la gloire de l’olympisme, de l’ouverture, de la fête et de la convivialité, comme l’a voulu Thomas Jolly.
Et ça dérape !
Voilà que le regard se fige, la pensée se pétrifie, accrochée au genre et au sexe. Foin des danses, de la musique, des sourires complices et du sens profond du spectacle … Ne comptent plus que ces corps exposés… plus scandaleux, tu meurs… Le point focal, en dessous de la ceinture. Inutile de chercher s’il y a un cœur qui bat, un esprit qui vagabonde, une once de spiritualité chez ces personnes, figurants classés, étiquetés, réduits aux apparences.
Promotion de la trans-identité, de l’homosexualité, de la binarité, du wokisme, de la différence. C’est une entreprise bien menée, aux yeux de certains coincés du caleçon.
Caricature … dérision … moquerie … blasphème …. Scandale …
« La culture, a dit un moraliste oriental, c’est ce qui reste dans l’esprit quand on a tout oublié » citation d’Édouard Herriot. Certains sont allés allégrement au plus près, se référant pour ce faire au célèbre tableau de Léonard de Vinci, et ont oublié l’original évoqué dans les trois synoptiques.
La culture est sélective et voilà qu’on a oublié, ou qu’on a voulu ignorer, le sens profond de la première cène.
Crier au scandale, c’est vite oublier que dans la cène d’origine, les commensaux ne sont pas forcément ceux qu’on a crus ou ceux qu’on a voulu voir et c’est bien pire …, l’un d’eux va trahir son ami, l’autre va le renier, un autre a pactisé avec les troupes d’occupation, un autre prône la lutte armée, deux d’entre eux sont allés jusqu’à briguer des postes dans un gouvernement fantasmé … tous vont se carapater à la première oreille tranchée. Même apparemment le « disciple bien-aimé » dont on ne sait rien et qui, pourtant, lors de ce repas, reposa sa tête sur la poitrine de son ami dans une attitude qui n’avait rien de viril.
Mais ça, ça n’étonne personne, à moins qu’on ait voulu oublier que ces hommes - tiens, on a oublié les femmes… - sont de la pâte humaine, tout comme nous, prêts à tout mais bons à rien … quel regard portons-nous sur ces hommes-là ?
Ils sont tous reconnus « saints » et sont en bonne place dans la cène de Léonard, même ce pauvre Judas qui n’en put mais…et que nous avons tous condamné à la peine éternelle, sans véritable instruction policière et sans avocat.
Nous ne sommes pas des purs, nous sommes de la pâte des Pierre, des Judas, des Jacques et Jean et nous partageons le pain, tous différents.
Si Judas a partagé une bouchée avec son ami et si les autres poltrons ont partagé le pain et trinqué avec Jésus, alors à plus forte raison Philippe Katrine, Thomas Jolly, Barbara Butch … avaient-ils leur place à cette cène mais … ce n’était pas la cène.
Et si cette reproduction d’un tableau est un « blasphème » je m’interroge sur l’évolution de ce repas au cours de ces vingt derniers siècles … Est-ce bien encore la cène ?