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Voilà où peut nous conduire une lecture et une interprétation littérale des textes bibliques.
Manipulation où la parole de Dieu se fait idéologie.

Le sujet n'est probablement pas prioritaire, face aux destructions en cours au Moyen-
Orient et à f impact économique majeur de la guerre contre l'Iran. Mais les symboles

comptent aussi. Jeudi 5 mars, au sixième jour de sa « Fureur épique », on a vu
Donald Trump organiser une prière collective dans le Bureau ovale, entouré de
représentants des églises évangéliques. La main de Dieu étant censée guider le
président américain dans sa guerre contre Téhéran.
Dans le même temps, les extrémistes religieux du gouvernement Netanyahou n'ont
de cesse d'effacer le terme de Cisjordanie, pour le remplacer par l'appellation
« Judée et Samarie », de source biblique. L'opération est évidente. II s'agit d'éliminer
toute revendication palestinienne et de renforcer la fable tragique selon laquelle les
colons n'occuperaient pas des terres qui ne leur appartiennent pas mais
reprendraient possession de leur terre... 2 000 ans après.
Huit États américains à majorité républicaine ont décidé de promouvoir une loi
imposant l'utilisation du terme « Judée et Samarie » à Ia place de « Cisjordanie »
dans les documents officiels. Cette initiative vise à pousser la Maison-Blanche à
reconnaître I ‘annexion de ces terres par Israël. Toujours au nom de Dieu.
Si l'on rappelle que l'Iran est une république théocratique islamique, la guerre en
cours pourrait presque apparaître comme une guerre sainte entre les trois grandes
religions monothéistes. Les fous de Dieu ne sont plus seulement à Téhéran, ils sont
aussi à Washington et à Tel Aviv.
En réalité, derrière la propagande, de vrais esprits religieux souffrent. Le curé
catholique de Gaza subi l'horreur, l'an dernier. Les prêtres maronites ou grecs
melkites au Liban subissent eux aussi les bombes israéliennes depuis trois semaines
; ils ne bénissent aucun missile. Les familles chiites des quartiers sud de Beyrouth ne
sont pas toutes des terroristes du Hezbollah. Les familles juives réfugiées dans les
abris à chaque alerte, subissent elles aussi la guerre. Et le pape, américain, ne cesse
de prendre le contrepoint de Donald Trump.
On aurait tort, pour autant, de ridiculiser trop rapidement cette symbolique religieuse
ainsi mise en scène. Car au moment ou notre sphère de l'information est polluée par
Ies pires techniques de désinformation, au moment où la rumeur peut l'emporter de
nouveau sur la rationalité - comme dans une sorte de résurgence moyenâgeuse - ce
retour du religieux peut trouver son emprise.
La post-vérité, c'est la voie grande ouverte au retour de la croyance. De l'adhésion
inconditionnée. L'émotion prime, la manipulation opère, la capacité de discernement
passe par pertes et profits, la nouvelle ère des masses éteint les personnes. Bref,
derrière le grotesque de la farce que semble représenter la prière de Donald Trump,
un glissement très dangereux est peut-être en train de s'opérer. Sous nos yeux
incrédules.

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